eux grands bureaux qui se font face, un silence interrompu de temps à autre par des cris d’oiseaux et des fenêtres donnant sur un petit jardin : la plate-forme d’écoute du 3919, qui a reçu plus de 25 000 appels depuis le 1er juin, n’a rien d’une ruche.

“Nous tenons à ce que le plateau soit tranquille, souligne la responsable du 3919, Marie Bellanger. Les appels sont nombreux et les histoires que nous entendons sont souvent très lourdes. Nous voulons donc que les écoutantes travaillent au calme pour aider au mieux ces femmes en difficulté. C’est pour cela qu’elles ne sont que deux par bureau.”

Au printemps, le 3919 – numéro national facturé au prix d’un appel local – a pris le relais d’un numéro d’accueil pour les femmes victimes de violences qui existait depuis 1992. Il fonctionne désormais six jours sur sept, de 8 heures à 22 heures. A peine ouverte, la ligne d’écoute gérée par la Fédération nationale solidarité femmes a été submergée : de mars à octobre, 56 000 appels ont été enregistrés. Soixante-dix pour cent d’entre eux émanaient de victimes de violences conjugales (dont 97,6 % de femmes), les autres venaient de l’entourage – famille, amis, collègues ou voisins.

Les écoutantes sont là pour donner des informations sur les centres d’hébergement ou le recueil des plaintes, mais aussi pour écouter les femmes qui contactent le 3919.

“L’essentiel, c’est d’accueillir leur parole avec bienveillance, explique Marie Bellanger. Ces femmes ont peur pour leurs enfants et beaucoup sont encore sous l’emprise psychologique de leurs maris. Il faut donc les rassurer, leur dire qu’elles ne sont pas seules, leur expliquer que la loi les protège et que beaucoup s’en sont sorties. C’est un travail difficile car les hébergements ne sont pas assez nombreux. Mais il faut être patient : partir suppose un cheminement qui prend parfois des mois.”

Les femmes qui appellent sont souvent abîmées par les violences qu’elles ont subies : beaucoup ont perdu confiance en elles, se sont éloignées de leurs familles et craignent des représailles au cas où elles partiraient.

“Nous disons toujours que ces violences sont interdites par la loi mais, après, tout dépend de leur réceptivité, raconte Anne Nguyen Dao, la responsable du service formation, observation, recherches et études, qui a été écoutante pendant près de dix ans. Certaines réalisent à peine que les coups ne sont pas normaux, d’autres le savent mais hésitent à partir, d’autres sont plus avancées dans leur cheminement : elles ont déjà porté plainte ou elles sont déjà parties une fois, même si elles sont finalement revenues. Ce que nous essayons de faire, c’est de marcher auprès d’elles : ce sont à elles de prendre une décision. Les pousser à agir alors qu’elles ne sont pas prêtes, cela ne sert à rien, sinon à perpétuer les rapports de domination.”

La vingtaine d’écoutantes de Violences conjugales info ont suivi une formation d’un mois qui mêle théorie et pratique : des cours sur les violences conjugales – les cycles, les allers-retours, les risques d’isolement – et de longues heures de double écoute sur la plate-forme d’appels. Pour évacuer les tensions et revenir sur les appels les plus lourds, elles bénéficient chaque semaine d’une réunion d’équipe ou d’une supervision avec un psychologue. “C’est un travail qui demande une grande disponibilité et beaucoup d’optimisme, conclut Anne Nguyen Dao. L’essentiel, c’est de faire en sorte que les appels de ces femmes, aussi désespérés soient-ils, n’aient pas été inutiles. Ne serait-ce que parce que quelqu’un a été présent rien que pour elles pendant un quart d’heure.”

Source : LeMonde du 22/11/07

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