Un break estival avec nos enfants ET nos parents ?

Zones de turbulences en vue. Les enjeux de la semaine la plus fatigante de l’été, résumés en 4 phrases-clés.

“Oh pardon, je ne pensais pas que tu dormais encore”

La question des horaires est évidemment cruciale. Comment synchroniser ses parents (dont la cafetière chuinte dès l’aube), ses ados (qui se lèvent plutôt vers quatorze heures du matin) et nous-mêmes (qui n’aimons pas particulièrement déjeuner à midi pile).

Chez eux. À Rome, fais comme chez les Romains… On exile les jeunes le plus loin possible des pièces où papy aime écouter les nouvelles matinales. On apprend à apprécier son granola dans des effluves de lapin au romarin (bonne-maman s’y colle dès potron-minet), et on prétend que les enfants adorent pique-niquer. Pour éviter de repartir à 11 h 30 d’une plage où l’on est (péniblement) arrivés à… 11 h 30 !

Chez nous. En tant que puissance invitante, évidemment, c’est plus simple de donner le tempo. Avec des limites néanmoins… Comme en témoigne l’incompréhension blessée qui se peint sur le beau visage de notre papa (qui croyait vider très discrètement le lave-vaisselle) quand on émerge en râlant… Les voir tournicoter tous deux, désemparés, quand aucun signe d’activité culinaire ne se manifeste vers 13 heures, est également fort culpabilisant. Bref, c’est boules Quies pour tout le monde le temps de leur présence. Et deux services au déjeuner (adultes et jeunes).

“Il n’est pas un peu court, le short de Thaïs ?”

Même si nos parents ont connu Mai 68, une certaine incompréhension des codes vestimentaires djeuns est à craindre. Les brassières cropped, les shorts coupés aux fesses, les jeans troués aux genoux… leur font regretter douloureusement le temps des Start Rite. En tant que mères, nous sommes en porte-à-faux. Pas forcément fans du style Sabrina à la plage, mais moralement obligées de soutenir mordicus le droit des jeunes filles à être fières de leur corps. On notera que si la grand-mère est une féministe historique, ce n’est pas mieux. On remplace « indécence » par « soumission à des canons esthétiques mâles », mais le résultat est le même.

Chez eux. Une certaine modestie va donc prévaloir. Par exemple, le dimanche, à l’heure du départ pour la messe (ou du concert du soir à Jazz-sous-les-Pommiers…). Et plus généralement à la campagne, où, d’après ces fins connaisseurs des mœurs rurales, ça ne se fait pas du tout de traîner en maillot de bain, même dans l’intimité du jardin. Nous voilà englobées dans le même opprobre que nos filles, c’est rajeunissant !

Chez nous. Même si le débat est moins frontal – nous-mêmes vivons en tuniquette -, ne nous leurrons pas. Il va quand même falloir gérer le bureau des plaintes : « J’en ai marre que mamita me regarde comme ça quand je mets mon short Brandy Melville ! » (Celui qui semble taillé pour une fillette de 4 ans.) Et les prophéties de la police des mœurs : « À votre place, je ne laisserais pas Anna sortir en culotte… »

“J’ai pris du rôti de porc froid chez le boucher”

Un gouffre culinaire nous sépare de nos (belles-)mères. Le régime ratatouille-côtelettes ou jambon-ratatouille est leur version perso de la diète méditerranéenne. Ces tombereaux de petites éponges beigeasses sont-ils de l’aubergine ? Nos enfants, pourtant officiellement fans de buddha bowls, adhèrent à fond, les traîtres. Parce que au fond, les nouilles au gratin et la salade de riz au maïs, ça les repose de nos excentricités.

Chez eux. On coupe la poire en deux. On les laisse triompher avec les quelques classiques familiaux susnommés (« Vous ne nous en voudrez pas, Anne-France, si on sort dîner en amoureux ce soir ? »). Le reste du temps, sous prétexte de participer aux frais, on se rue au marché : « La bonite ne coûtait rien, et Mme Cocotte avait une merveilleuse salade de mizuna. Goûtez, belle-maman, vous allez adorer ! »

Chez nous. Notre four à cuisson vapeur, notre mandoline japonaise, notre extracteur de jus font peur aux déesses domestiques de leur génération. Tant mieux, on garde le pouvoir. Même si l’on concède quand même, entre deux tournées d’avocado toasts ou de tataki de thon, un melon-parme par-ci, des chipos-chips par-là. On ne va quand même pas frustrer d’un coup deux générations, pour une fois unies dans le goût des plaisirs démodés !

“Quand vous étiez jeunes,vous alliez au tennis, vous !”

Ou à la voile. Ou au club d’équitation. Ou au surf. Bref, nous passions des vacances saines où nos jeunes corps, recrus de fatigue, se couchaient tôt le soir. Pour rentrer en pleine forme en ville… Cette vision très idéalisée de notre propre adolescence n’a qu’une fin : souligner le laxisme honteux dont nous faisons preuve en laissant nos rejetons bambocher tous les soirs…

Chez eux. On profite lâchement du fait que la règle n’est pas imposée par nous pour instaurer un couvre-feu raisonnable ! Il ne s’agit pas de réveiller bon-papa en rentrant du Blue Cargo… Et d’ailleurs, demain il y a Accrobranche dans l’arrière-pays, départ à 8 heures. Trop cool, non ?

Chez nous. La situation se complique car non seulement les jeunes font la fête non-stop, mais nous aussi, un peu, en fait. Tout en assurant, bien sûr, notre service le matin, comme quand nous étions de jeunes parents ! Sauf que c’est pour les nôtres que l’on fait désormais chauffer du lait – pardon… de l’eau – pour le thé du petit déjeuner…

 

Source: madame.lefigaro.fr

Interview d’Henri Gomez, médecin alcoologue à Toulouse

Comment expliquer l’attrait des plus jeunes pour l’alcool ?

« – Il y a une conjonction de facteurs qui passe à la fois par la recherche de la défonce psychothérapeute Frédéric Duval-Levesqueet par la volonté d’intégration au groupe. L’addiction est souvent associée à une polyconsommation de produits. On passe de la bière à l’alcool fort, du tabac au cannabis et très vite, dès l’age de 14 ou 16 ans, avec les problèmes qui vont avec, à savoir l’immaturité et l’instabilité. »

Dans votre pratique quotidienne, l’augmentation de l’addiction chez les jeunes est-elle sensible ?

« – C’est clair. En 20 ans, la moyenne d’âge des personnes faisant une première démarche pour être aidées à baisser de 10 ans. De plus en plus de jeunes font une démarche réelle vers un médecin entre 20 et 25 ans. Ils ne sont pas alcoolo-dépendants au sens habituel du terme, mais ils se rendent compte qu’ils ne savent plus faire avec l’alcool. C’est nouveau. Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai reçu un jeune de 23 ans qui avait lui-même franchi le pas pour consulter. C’est souvent à cause d’un préjudice social comme la perte du permis de conduire, une rupture affective, voire la perte d’emploi et des difficultés d’argent. »

Comment les parents peuvent-ils déceler ces conduites ?

« – Je constate malheureusement une certaine démission des parents. Ce n’est pourtant, pas très difficile de faire le constat qu’un jeune boit quand il rentre dans un triste état d’une soirée arrosée. Il ne faut pas banaliser une ivresse, ce n’est pas un rite de passage comme on peut parfois le justifier. Il est très important de pouvoir parler à son enfant et éventuellement de saisir un médecin de famille pour au moins en discuter. C’est vrai que les facteurs sociétaux comme les divorces, les familles recomposées peuvent être un frein à cette prise de conscience et à ce dialogue. »

Quelle réponse peut-on apporter à ce type de dérive ?

« – Malheureusement, il n’y a pas actuellement de structures adéquates. Officiellement, les alcoologues n’existent pas, ce sont soit des gastro-entérologues comme moi ou des psys. Les seules centres d’accompagnement qui existent fonctionnent comme des dispensaires où passent des gens très marginalisés. Encore une fois, c’est le dialogue qui est important. Il ne faut pas hésiter à aller voir le médecin de famille ou un psy. »

(Dr Gomez a publié « Le Guide de l’accompagnement des personnes en difficulté avec l’alcool », édition Dunod)

Cher Lecteur, on peut baisser les yeux face à l’ivresse de son enfant, de son conjoint ou bien réagir.

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